Lomé, 16 septembre 2024 - Alors que les menaces financières transnationales gagnent en complexité en Afrique de l'Ouest, le Groupe intergouvernemental d'action contre le blanchiment d'argent (GIABA) multiplie les initiatives pour renforcer son rôle et ses moyens. Un séminaire de sensibilisation organisé à Lomé les 15 et 16 septembre à l'intention des membres du Comité de l'Administration et des Finances (CAF) de la CEDEAO a été l'occasion de rappeler l'urgence d'un engagement financier accru des États membres.
Un contexte régional alarmant
Le dernier rapport annuel du GIABA, publié en mai 2024, dresse un tableau préoccupant de la situation en Afrique de l'Ouest. Les flux financiers illicites, le financement du terrorisme via les circuits commerciaux et bancaires, ainsi que l'émergence des actifs virtuels difficilement régulés figurent parmi les défis majeurs. Les professions non financières, telles que l'immobilier et le change, restent particulièrement vulnérables.
À ces défis s'ajoutent les incertitudes politiques. L'annonce du retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la CEDEAO pourrait fragiliser le cadre régional de supervision anti-blanchiment. Le GIABA a entamé un dialogue avec ces pays pour étudier une adhésion autonome, mais les perspectives restent incertaines.
Le GIABA face à des contraintes budgétaires critiques
Derrière ces enjeux sécuritaires se cache une réalité budgétaire préoccupante. Depuis 2023, les crises économiques et politiques dans la région ont entraîné une baisse des recettes communautaires, des retards dans le paiement des contributions des États membres et, par conséquent, une réduction des ressources allouées au GIABA. Ces restrictions ont limité la mise en œuvre de programmes essentiels, tels que les évaluations mutuelles et l'assistance technique aux États.
Lors du séminaire de Lomé, le directeur général du GIABA, Edwin W. Harris Jr., a lancé un appel sans équivoque : « Il s'agit de garantir un financement pérenne pour permettre au GIABA de poursuivre ses missions : soutenir les réformes nationales, renforcer les capacités des États et conduire les évaluations mutuelles ». L'institution, qui vient de clore son deuxième cycle d'évaluations, manque déjà des moyens nécessaires pour préparer le troisième, prévu dès 2026.
La mobilisation des décideurs budgétaires
La cérémonie d'ouverture du séminaire a réuni des personnalités de premier plan, dont Tchaa Bignossi Aquiteme, président de la CENTIF-Togo, Anakpa Essokiza, directeur général du Budget du Togo, et des représentants de la Commission de la CEDEAO. Dans son allocution, M. Aquiteme a insisté sur l'importance de la conformité aux normes internationales pour préserver l'intégrité des systèmes financiers ouest-africains et maintenir la confiance des investisseurs.
Le Togo, pays hôte de l'événement, a mis en avant ses propres avancées en matière de lutte anti-blanchiment : renforcement du cadre juridique, réalisation d'une évaluation nationale des risques, adoption d'une stratégie nationale et soumission de son dispositif à l'évaluation de ses pairs. Pour M. Aquiteme, ces efforts illustrent la volonté politique des autorités togolaises, mais soulignent également la nécessité d'une coopération régionale renforcée.
Vers un engagement financier renforcé ?
Au-delà des déclarations, l'objectif du séminaire était d'obtenir un engagement clair du CAF en faveur d'une augmentation des allocations budgétaires dès 2026. Les participants ont été invités à reconnaître le rôle central du GIABA dans la sécurité financière régionale et à soutenir durablement son action.
Les conclusions des travaux, attendues le 16 septembre, devront confirmer la volonté des États membres de doter le GIABA des moyens nécessaires pour faire face à des menaces toujours plus sophistiquées. Face à l'ampleur des défis, une approche collective et des financements pérennes s'imposent plus que jamais.
Conclusion
La lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme en Afrique de l'Ouest est à un tournant. Si les avancées nationales, comme celles du Togo, sont encourageantes, elles ne suffiront pas sans un engagement régional solide et des moyens financiers adaptés. Le séminaire de Lomé aura au moins eu le mérite de placer la question du financement du GIABA au cœur des priorités de la CEDEAO.